par Gemini
Après la première tentative hélas écourtée, d’atteindre Tamanrasset, (Tam pour les initiés) ’’ la mythique ’’ , le désir de retrouver la magie des grands espaces s’étant gravé au fond de la mémoire et des cœurs, fut une motivation suffisante pour entreprendre une nouvelle expédition.
Carte Michelin n°153 – édition 1973
Revoir In Salah, dont le souvenir de la beauté paisible et enchanteur est ravivé. Le temps semble y avoir suspendu son vol, c’est avec ravissement que nous redécouvrons cette charmante bourgade.
Qu’il est agréable de flâner, faire plus ample connaissance avec les autochtones, ce qui permet également de glaner de précieux renseignements, afin de rallier Tamanrasset.
Avant de s’élancer dans cette aventure, a l’époque, il fallait se présenter a la Daïra d’In Salah , afin de signaler aux autorités le départ d’un véhicule à destination de Tamanrasset. On renseignait la marque, la couleur, le nombre de passager et la durée estimée du trajet… Mesure de sécurité importante car transmise aux autorités du lieu d’arrivée qui décidaient ,en cas de retard, de lancer des recherches pour retrouver les explorateurs en perdition…
Il faut compter grosso modo une semaine pour parcourir une distance approximative de 700 kilomètres, les valeurs étant aléatoires en Afrique, surtout ne pas sous-estimer les embûches et autres complications qui peuvent survenir a tout moment. Effectivement, les aléas de ce parcours sont nombreux, ce n’est pas vraiment une promenade de santé…
Mieux vaut aborder les premiers kilomètres de ce périple avec circonspection, sur une piste en sol « naturel », très mal balisée.
Malgré l’ aridité le paysage est varié, surprenant, inattendu, on peut y voir des arbres tordus, calcinés, des épineux décimés un peu partout, on y croise même un maigre troupeau se contentant de cette pauvre pitance.
De temps à autre on aperçoit les vieilles carcasses de véhicules abandonnés depuis belle lurette par leur propriétaire. On voit également des dépouilles d’animaux dont les os blanchissent au soleil… , des amas de grosses pierres noirâtres ressemblant a des météorites.
Cependant sur des tronçons relativement bien tracés, on peut suivre assez facilement une route en lacet qui se coule entre des collines aux couleurs changeantes, tantôt teintée de miel, tantôt faisant penser à un amoncellement d’anthracite, passant par le bleu ardoise suivant l’orientation de la lumière. Cela donne une impression d’irréel, d’un transport dans un autre monde.
Avec la complicité de la nuit, et sous la voûte étoilée, vers 21 heures, on peut repérer certaines constellations qui offre un spectacle radieux, inoubliable, une vision de rêve.
Dès la fine pointe de l’aube on se prépare à lever le camp. Après quelques heures de roulage, on croise un camion, à l’arrière duquel s’entasse un groupe de hippie, chantant à tue-tête, remontant soit de Tamanrasset, soit d’un autre lieu de rassemblement.
Chemin faisant, on aperçoit un véhicule similaire au nôtre stationné hors piste, visiblement en difficulté. Des bourlingueurs allemands au français aussi rudimentaire que notre vocabulaire, sommaire dans la langue de Goethe… La communication n’est pas aisée, à force de gestes et de baragouinage on comprend la nature du problème. Grâce à notre matériel emporté, on réalise un rafistolage de fortune leur permettant de repartir et d’effectuer de concert une partie du trajet jusqu’au moment où les reflets du soleil s’estompent, Une installation s’organise de commun accord en vue de passer une nuitée moins esseulés. Nul besoin de longs discours, puisque la concorde régnait.
Quand les premières lueurs du soleil apparaissent la petite caravane se met en mouvement et après quelques kilomètres, nos chemins se séparent. Nous nous adressons de grands signes, lançons un ’’auf wiedersehen’’, en écho un retentissant ‘’au revoir ’’ nous reviens.
Après ce sympathique intermède, pendant quelques brefs moments, une étrange sensation de vide s’installe.
La région étant a ce point fascinante que cette impression s’estompe rapidement. Le captivant spectacle de la lumière et des ombres jouant avec les plus déconcertants reliefs parviennent à combler cette éloignement. Terre de contraste démesurés, on retrouve certaines parties de piste en tôle ondulée, sur un terrain caillouteux, et des passages sablonneux.
Le désert n’est pas une contrée figée, immuable. Il est vivant, il murmure, il parle, il chante, quelque fois, il gémit, mais il faut arriver à percevoir ses messages. Il connaît les vents, qui façonnent et modulent ses dunes, érodent ses montagnes, falaises et collines. Il se fait complice des tourbillons qui emportent tout se qui se trouve sur leur passage. Témoin discrèt d’un passé millénaire, il a gardé l’empreinte de tout ceux qui l’ont foulés. A-t-il gardé la nostalgie de la période où il était verdoyant et peuplé d’une flore et d’une faune très riches, parsemé de contrées florissantes, de cultures abondantes ? Désormais, sous sa coupole azurée il ne laisse plus aucun nuage s’infiltrer, permettant plutôt une intensité d’ensoleillement maximal, préfère-t-il cet aspect inhospitalier voir hostile ?
Nul ne le saura jamais, il garde son mystère, cela fait partie de son énigmatique sauvage et attirante beauté. Il est encore imprégné des effluves venue des civilisations qui se sont succédées durant les ères précédentes. Le meilleur moment pour mieux humer sa fragrance est lorsque les rayons de l’astre du jour s’inclinent là-bas dans le lointain, avant de se dissimuler totalement a notre vue.
Quand l’obscurcissement est total, venu du fond des cieux calmes, il peut assister et admirer le coucher de la Grande Ourse et de ses ‘’Gardes ’’, ainsi que de sa voisine la Polaire. On ne peut que se sentir subjugué par le charme très particulier émanant de ce cet contrée chargée d’histoire. L’atmosphère qui y règne est a ce point puissante, qu’elle agit comme un envoûtement.
L’itinéraire vers Tamanrasset commence a être envahit part des ’’ touristes ’’ de tout acabit.. On y rencontre pêle-mêle, ce qu’il est convenu d’appeler les ’’puristes ’’, les casse-cou, les mordus de l‘aventure, les idéalistes, les inconscients, quelques snobs, parmi lesquelles se glissent les parvenus !
Contre toute attente, à une certaine distance, se dessine la cime de quelques palmiers. A notre grand étonnement nous découvrons un îlot de végétation. Ce site protégé d’une trop grande exposition au soleil, par un massif montagneux, a donné naissance à une guelta. Ce plan d’eau naturel favorise l’éclosion d’une petite oasis. Une aubaine, l’occasion d’une pause rafraîchissante.
Plusieurs voyageurs de tout crin ont établi un campement rudimentaire. Des véhicules en pièces détachées jonchent le sol… Il y règne une grande effervescence. Certains ont les nerfs à fleur de peau, car l’arrivée hypothétique d’une pièce de rechange tarde à venir !…
Une jeune femme, bizarrement vêtue, coiffée d’un bonnet de laine enfoncé jusqu’aux oreilles, déclare aller la pêche… ? Où ? Dans la marre aux canards…(sic) Effectivement, une mare se trouve à proximité, mais, pas le moindre poisson n’y nage…
Ne pouvant guère leur apporter d’aide, nous continuons notre pérégrination.
Pendant quelques heures nous restons solitaires. Soudain, deux motards apparaissent, juchés sur un engin, style bécane à moteur… chargé comme une mule. Ils font des efforts désespérés afin de rester en équilibre, rouler sur un revêtement aussi rude, sans prendre quelques billets de par terre est une gageure et ils ont eu maintes occasions de faire de belles culbutes.
Après avoir joué les sémaphores, tout le monde s’immobilise.
Étant donné qu’il faut passer une section particulièrement défoncée, l‘un d‘eux embarque à bord de notre camionnette. Passé ce cap, chacun repart de son côté.
Pour accéder aux gorges d’Arak, le parcours est délicat, certaines sections sont pénibles.Il faut se faufiler entre des falaises verticales, emprunter des cols très raides. Le site est encaissé entre des massifs et autres collines aux formes étranges, un véritable paysage lunaire, d’une exceptionnelle beauté.
On se retrouve dans labyrinthe merveilleusement sculpté par les caprices d’Éole. De nombreux petits canyons étroits, de larges lits d’oueds, de grandes poches d’eau si limpide que le ciel s’y reflète. Une vue superbe à couper le souffle !
De rares végétaux , cependant des lauriers roses, des myrtes (fleurs jaunes) se sont empressés d’y trouver abri. Des zones de pâturage où quelques nomades conduisent leurs chèvres.
La variété des teintes est unique, du pastel au bistre en passant par le mauve, une impressionnante forêt de pierre à l’aspect feuilleté offre un décor fabuleux et grandiose. On se sent transporté dans un autre univers.
Si loin que nous portent nos pas, Ils nous ramènent toujours à nous-même
(à suivre)









