SAHARA 1973 – DECOUVERTE

par Gemini
 
En quête d’absolu on cherche à prendre de la distance par rapport au quotidien. Il ne faut pas résister à la tentation de se confronter à l’inconnu, ne pas craindre de se retrouver seul face à soi, afin de trouver la vérité en harmonie avec sa nature profonde.
Ne connaissant que la grisaille du Nord, les villes trop semblables entre elles, avec le temps qui s’ égraine à une cadence rituelle, pauvre en imprévus, l’imagination s’emballe et rêve de prendre de la hauteur.
 
Difficile d’escalader les immeubles-tours entre lesquelles le ciel n’apparaît qu’avec parcimonie.
Tout semble étriqué, réduit et broyé par cet environnement de béton qui étouffe et oppresse.
Comment se dégager de ce manque d’horizon enfumé, pollué où tout se confond dans une grisaille gluante collant à la peau ?
Comment se protéger des agressions dévastatrices de ce monde où une certaine facilité s’étale complaisamment sous la pellicule attrayante de la publicité (souvent mensongère…) ?
Partir loin, non pas définitivement mais plutôt pour un périple suffisamment long afin de reprendre son souffle, de se déraciner et entrer de plein pied dans un univers inconnu, là, où la chaleur humaine n’est ni factice, ni monnaie d’échange, mais spontanée et sincère.
Ce n’est pas une fuite, mais plutôt la recherche d’une autre dimension, enrichissante tant sur le plan moral que sentimental.
Se laisser griser par une (relative) liberté, se confronter à des éléments inconnus , découvrir si la sérénité se trouve là bas dans cette immensité encore vierge de l’empreinte dite ’’moderne…’’
Connaître le goût suave du silence, contempler le scintillement de myriades d’étoiles posées sur un firmament de velours, avec le soleil, le vent et le sable comme unique compagnie.
 
Pour savoir si toutes ces promesses se trouveront au bout du chemin , cap au Sud, direction des confins de l’Algérie, à bord d’un véhicule plus ou moins utilitaire, transformé pour la circonstance.

Traversée en bateau de Gènes vers Tunis,

Après le débarquement il faut traverser la Tunisie pour pénétrer en Algérie

Suite à des pluies torrentielles le paysage donne l’impression d’avoir été dévasté par un cyclone, tout est ruiné, poteaux arrachés, pancartes indicatrices disparues, la population donnait l’impression de ne plus reconnaître son  pays.

En effet, partout où le regard se porte on ne trouve que ravages et gadoue.

Cependant il faut trouver la direction de la frontière algérienne.

Arrivée à Nefta là où commence le Chott el-Jérid (dépression saline entre le golf de Gabès et la frontière algérienne).

Le décor s’est transformé en un immense marécage à perte de vue, tout n’est que désolation, donnant une sensation de fin du monde.

Pas question de céder au découragement, il faut accepter le challenge et trouver des points de repère pour poursuivre sa route en dépit du fait que le soleil, descend doucement à l’horizon se transforme en une immense boule rouge, colorant le ciel d’un flamboyant feu d’artifice.

Le moteur de notre vaillante embarcation donne l’impression de pousser des sinistres hurlements, les roues cherchent désespérément des points d’appuis. Cela prend des allures de slalom pas très artistique … Au fur et à mesure de l’assombrissement du ciel le spectre de l’enlisement s’insinue au fond de l’esprit. espérant que l’effort considérable demandé à la mécanique ne soit pas le début de la fin de l’expédition.

Aucun signe de vie ne se distingue sur cette terre ravagée, abandonnée, en proie au désarroi le plus total.

Là où se pose les yeux le sentiment de se retrouver nulle part, seul au monde , au bord du néant qui semble se trouver derrière une ligne lointaine, où le ciel et la terre semblent s‘unir.

En l’espace de quelques heures on se retrouve isolé face à une nature qui peut se révéler ingrate . Cela suffit à nous faire prendre conscience de notre insignifiance face à des forces qui nous dépassent.

Seul point de repère valable, des poteaux électriques repérés de loin en loin. Arriver quelque part, n’importe où, pas beaucoup d’importance.

Avec un air de défi le soleil lance ses derniers rayons avant sa complète disparition.

L’obscurité, pas encore totale, on finit par apercevoir enfin un vague reflet et l’espoir renaît.

Le moteur du véhicule, les essuies glaces, donnent des signes de faiblesse suite aux efforts titanesques auxquels ils sont soumis depuis un certain temps paraissant une éternité.

Tout est flou et imprécis, la pénombre a presque tout envahi.

Finalement une baraque  faiblement éclairée apparaît avec un écriteau portant la mention ’’Douane’’ !

Maintenant la nuit a laissé glisser son grand manteau sombre et enveloppe ce décor défiguré et meurtri.

Pour se faire pardonner des blessures terrestres la voûte céleste allume une a une les étoiles. Pareilles à des milliers d’éclats de diamant, elles irradient pour égayer avec splendeur  ce paysage fantomatique.

Quand finalement le moteur s’arrête, tout parait irréel et le silence s’installe, d’abord angoissant ensuite apaisant.

Dans la cabane plusieurs fonctionnaires discutent à la lueur vacillante de quelques lampes à pétrole. Le lieu semble imprégné d’une ambiance  qui, l’espace d’un bref instant, plonge dans l’atmosphère d’une hallucination.  

L’irruption de deux hurluberlus, sortis de nulle  part, provoque étonnement et surprise.  L’incrédulité se lit sur le visage des militaires mais cède très vite la place à la jovialité. En effet, depuis une semaine, plus aucun véhicule ne passait.

Dès les formalités d’usage terminées, sans plus attendre, il convient de prendre la direction de la frontière algérienne. Un douanier chaleureux et curieux inspecte sommairement le véhicule, souhaite bonne chance pour la suite du périple à destination de Tamanrasset.

A présent la prochaine étape, El Oued, pour une halte dans un petit hôtel.

Dès l’arrivée il s’agit de se repérer parmi le dédale des ruelles où, malgré l’opacité de la nuit, on distingue quelques ombres furtives apparaissant et disparaissant comme par magie.

Le lendemain,  enchantement !  Voici  la ville aux mille coupoles, le premier bourg du Sahara algérien baignant dans un halo luminescent.

En route pour Touggourt. A regret, car on a tout juste le temps  de jeter un regard admiratif à  la ville . 160 kilomètres nous séparent encore de Ouargla.

Arrêt  de courte durée dans cette cité-dortoir peu attrayante au coeur d’une zone pétrolifère…

Pour rallier Ghardaïa encore 190 kilomètres à parcourir !

Pour arriver à cette magnifique palmeraie,  il faut emprunter une route asphaltée. Cette voie étroite serpente  comme un long ruban noir  sous un ciel bleu vif dans lequel resplendit un soleil implacable.

Après plusieurs heures monotones, voici enfin l’orée de ce site à la fois surprenant et exceptionnel.

Au nord-est du Grand Erg occidental, on découvre une magnifique oasis (classée patrimoine mondial en 1982 par l’UNESCO ).

De l’extérieur la ville apparaît tout d’abord sous un angle rébarbatif.   En pénétrant à l’intérieur,  on est frappé par un  contraste  saisissant.

On aperçoit des façades colorées, agrémentées d’une riche variété de teintes: du bleu indigo au bleu lilas, au jaune pâle, voire au rose fané.

Le vert de la palmeraie et l’ocre des collines offrent un paysage chamarré. L’ architecture des rues et des maisons présente un spectacle où se  côtoyent arcades et meurtrières, qui surplombent de tortueux  passages en zigzag. Une foule bigarrée  s’y agite bruyamment.

Sous cette latitude la clarté décroît très rapidement.Il faut trouver un endroit pour bivouaquer , car le lendemain il s’agit de franchir une distance de 250 kilomètres pour gagner El Goléa.

Cette distance désertique s’étendant à perte de vue invite à la contemplation. Du paysage aride et déssèché,  se dégage néanmoins un puissant magnétisme qui attire comme un aimant.

Sous un soleil sans pitié, la température  voisine des 40° crée  une ambiance de fournaise accablante. Quelques monticules de pierres, des cailloux éparpillés: tel est le décor où le vent brûlant,  tantôt gjfle, tantôt caresse, soulève des nuages de poussière.

Deux étapes sont nécessaires pour atteindre le but. Le jour décline rapidement, point de crépuscule, la nuitée dépose son voile obscur dès 18 heures

La fraîcheur nocturne( le thermomètre chute aux alentours de 5° degrés,) oblige à s’emmitoufler et à se glisser dans le sac de couchage, après un frugal repas.

Alors le firmament déploie un écrin de satin dans lequel miroite une pléiade de perles argentées.

C’est dans ce cadre féerique que la lune apparaît, mutine, pâle comme l’opaline. elle prend ses quartiers pour veiller sur nos songes.

La possibilité de contempler ce fabuleux spectacle rend l’âme aussi légère que l’éther.

Bientôt, le ciel pâlit .Doucement, comme par enchantement l’aurore apparaît et la nuit se retire à regret..

Les premières lueurs de l’aube auréolées de pastel apparaissent pour annoncer l’arrivée du souverain des cieux, qui ne tarde pas a faire étinceler le ciel. Lentement,  il s’élève. Il parvient à son zénith. L’intense rayonnement de l’astre solaire impose alors un repos de quelques heures en attendant que la lumière soit moins aveuglante.

Finalement El-Goléa surgit comme sortie de terre. Apparaît d’abord une oasis luxuriante, fascinante, enchanteresse, baignée par une luminescence apaisante.

Ensuite l’attention est attirée par le ksar (le fort) au sommet d’un rocher. Ses ruines témoignant d’un passé glorieux dominent toute la palmeraie. Il semble avoir gardé son arrogante fierté d’autrefois et invite à l’escalade, promesse d’un superbe panorama.

Quelle merveille ! Quel ravissement ! L’ocre rouge, le vert des palmiers, le blanc des coupoles : une chatoyante symphonie de couleurs chante la louange de la bien nommée ”perle du désert”.

La touche exotique des fruits, des légumes et des fleurs couronne ce spectacle d’où émane comme un souvenir de l’âge d’or, une réminscence du jardin d’Eden.

Entouré de sable, de rocs, d’amas de cailloux et de monticules de pierres, ce havre de volupté contraste avec la sèche et épineuse nudité qui l’environne, et la découverte de ce verdoyant coin de paradis n’en est que plus délicieuse.

L”étape suivante conduit à In Salah. Le paysage s’annonce pittoresque, mais la route goudronnée (?) en mauvais état rend le parcours ardu. Il est préférable d’emprunter une voie parallèle au risque de voir le véhicule endommagé par la caillasse.

Après quelques heures de roulages débute le plateau du Tademaït. Cette vaste région ne présente point un relief morne et terne, mais bien une succession de monts, massifs, et des zones steppiques créant une ambiance lunaire, avec une impression d’infini, là, l’isolement est complet.

Mais soudain, ce décor désertique s’anime sous l’effet de petites tornades qui emportent avec elles sable, poussière et cailloux. Leurs tourbillons teintent le ciel d’un gris délavé. ce sont d’étranges apparitions pareilles à des spectres qui s’évanouissent comme des mauvais rêves pour permettre à l’horizon de retrouver sa clarté et au soleil de briller à nouveau..

Lors d’une courte halte , un son assez vague mais prolongé se fait entendre, puis s’intensifie, tandis qu’un point se dessine et grossit dans le lointain. Serait-ce un mirage ? Non, il s’agit bien d’un véhicule transsaharien qui, enveloppe dans un nuage sablonneux, déchire le silence avant de s’immobiliser dans un fracas assourdissant.

L’homme au volant s’assure que tout va bien. Dans cette contrée hostile, la solidarité est naturelle, spontanée et sans réserve.

Soudain, la nuit, le simoun selève et le frêle véhicule se met à tanguer à la grande frayeur de ses occupants.

En effet ce violent déchaînement venteux s’accompagne de sifflements mêlés à de sinistres mugissements. Dans ces conditions impossible de se blottir dans les bras de Morphée.

Après cet épisode chaotique et tourmenté,  le périple se poursuit.

Désormais, le parcours emprunte une sinueuse piste à lacets, que les fréquents passages de divers camions ont transformée en une sorte de tôle ondulée rendant le voyage rapidement insupportable.

Empruntant un passage équidistant, il s’agit de garder en point de mire les balises qui jalonnent le trajet, car si l’on n’en tient pas compte on risque de se retrouver aux antipodes de la destination finale.

Enfin apparaît In Salah, ville perdue dans les dunes sous un ciel de feu. L’un des endroits le plus chaud du Sahara. Le thermomètre affiche  50° à l’ombre.

Au milieu de nulle part, tel un joyau écarlate noyé dans une mer de sable doré. Quelques édifices en forme de pain de sucre paraissent surmontés d’un capuchon d’un blanc neigeux, Leurs couleurs tranchent avec la palmeraie verdoyante et leur sobriété contraste avec l’exubérance du décor naturel environnant.

Ce ne fut pas une joyeuse entrée…

Malgré un magnifique portail noble et imposant qui accueille les visiteurs. En ce début d’après midi, pas âme qui vive, la cité est déserte, à cause de la chaleur accablante.

Des habitations cubiques de style soudanais, des rues sableuses s’animent peu à peu dès que la température descend de quelques degrés.

La population est composée en majorité de nigériens, de soudanais ainsi que de touaregs sédentarisés.

L’endroit ne manque pas d’attrait. Néanmoins, c’est le moment de faire un bilan mécanique. Il est navrant ! Avec mille regrets au cœur, il faut se résoudre au retour à la case départ !

CEPENDANT CE N’EST QU’UN AU REVOIR !!!(à suivre)
 
 
 
 
  
  

2 Commentaires

  1. mus
    Posted mars 17, 2010 at 9:26 | Permalink

    mérci pour cette aventure romantique.et si vous y revenez!
    ca totalement changé. enfin au moins pour In-Salah, des chemins gaudronnés partout, des magasins dans chaque coin..
    on vous attend

    • Gemini-Cologne
      Posted mars 27, 2010 at 12:53 | Permalink

      Votre sympathique commentaire m’a vraiment fait plaisir. Mon époux et moi-même avons gardé de merveilleuses images et des souvenirs inoubliables de ce périple dans le Grand Sud Algérien.
      Au cours de ces expéditions nous avons rencontré des personnes au cœur noble et à l’âme pure, un véritable enrichissement humain.Il est normal que des changements se soient produits dans les endroits découverts il y a une trentaine d’années, à une époque au tourisme peu développé.


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